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Commedia dell’arte : histoire, personnages et où la découvrir en Italie

Publié le 7 avril 2025

Mis à jour le 3 avril 2026

Sur une place animée d’Italie, quelques tréteaux en bois suffisent. Les masques surgissent, les gestes s’exagèrent, les rires éclatent. Les acteurs improvisent, chantent, se chamaillent sous les yeux d’un public conquis. Bienvenue dans l’univers joyeux, impertinent et terriblement vivant de la Commedia dell’arte.

Née vers 1550, la Commedia dell’arte est un théâtre populaire fondé sur l’improvisation, les situations burlesques et des personnages types immédiatement reconnaissables. Arlequin le rusé, Pantalone l’avare, Colombine la maligne… Tous évoluent masqués, à l’exception des amoureux, seuls rôles à visage découvert. Particularité marquante pour l’époque : c’est la première forme de théâtre où les femmes montent sur scène pour jouer leurs propres rôles, et non ceux écrits pour elles par des hommes.
Le terme Commedia dell’arte signifie littéralement « théâtre d’artistes ». Il désigne des pièces jouées par des comédiens professionnels, capables d’improviser à partir de simples canevas, appelés scenari. Ce genre a profondément marqué l’histoire du théâtre européen et inspiré de grands auteurs comme Molière ou Marivaux.
Aujourd’hui encore, la Commedia dell’arte fait partie du patrimoine culturel italien. De la Toscane aux Pouilles, des festivals aux petites places historiques, elle continue de faire rire, réfléchir et vibrer les spectateurs. Une expérience à vivre absolument lors d’un voyage en Italie.

La Commedia dell’arte : les origines

La Commedia dell’arte apparaît en Italie vers 1550, mais son esprit est bien plus ancien. Ses racines plongent jusqu’à l’Antiquité romaine, notamment dans les atellanes du IIIᵉ siècle avant J.-C. : de courtes farces populaires, jouées avec des personnages stéréotypés, un langage vif et une large place laissée à l’improvisation. Un héritage direct pour ce théâtre libre et irrévérencieux.

Au XVIᵉ siècle, la Commedia dell’arte prend véritablement forme dans un contexte très concret : des troupes itinérantes, composées de comédiens professionnels, sillonnent l’Italie et dressent leurs tréteaux sur les places publiques, lors des foires, carnavals et fêtes populaires. La scène est ouverte, le public tout proche, parfois bruyant, souvent complice. Les acteurs jouent en plein air, masqués, avec un jeu physique très expressif, mêlant acrobaties, musique, danse et réparties mordantes.

Contrairement au théâtre savant de l’époque, la Commedia dell’arte ne repose pas sur un texte écrit. Les comédiens s’appuient sur un canevas (scenario) : une trame simple indiquant les grandes étapes de l’intrigue, les entrées et les sorties des personnages. À partir de cette structure minimale, tout est improvisé : dialogues, gags (lazzi), interactions avec le public. Chaque représentation est donc unique.

Cette approche marque une rupture nette avec la commedia erudita, le théâtre « érudit » pratiqué en intérieur par des amateurs, aux textes entièrement rédigés, aux décors soignés et aux costumes élaborés. Là où la commedia erudita s’adresse aux élites, la Commedia dell’arte parle au peuple, dans une langue vivante, directe, souvent satirique.
Parmi les figures fondatrices, Angelo Beolco, dit Ruzzante, occupe une place essentielle. Auteur et acteur, il impose un théâtre ancré dans le réel, utilisant le parler populaire et des personnages issus du quotidien. Le dramaturge italien Dario Fo, prix Nobel de littérature en 1997, le qualifiait d’ailleurs de « véritable père de la Commedia dell’arte » lors de son discours à Stockholm.
Très vite, ce théâtre vivant dépasse les frontières italiennes. En 1576, une troupe de Commedia dell’arte est invitée en France par Henri III, et rencontre un immense succès. Malgré certaines interdictions et restrictions imposées par les autorités françaises et espagnoles au XVIIᵉ siècle, son influence ne cesse de grandir en Europe.

Au XVIIIᵉ siècle, le genre se transforme. Carlo Goldoni réforme la Commedia en introduisant la prose, en réduisant l’usage des masques et en donnant plus de profondeur psychologique aux personnages, visant une véritable comédie de caractère. À l’inverse, Carlo Gozzi défend la tradition originelle, fidèle aux masques, à la fantaisie et à l’imaginaire.
De ces tensions est née la richesse de la Commedia dell’arte : un théâtre libre, populaire et profondément italien, dont l’énergie continue encore aujourd’hui de faire vibrer les scènes et les places d’Italie.

Masques et archétypes : les figures emblématiques

La Commedia dell’arte repose sur des personnages immédiatement reconnaissables, identifiés par leur masque, leur costume et leur tempérament. Le masque joue un rôle clé : en cachant le visage, il déplace toute l’expression vers le corps. Les acteurs exagèrent les gestes, sautent, courent, chutent, grimacent. Le jeu devient physique, acrobatique, parfois presque animal, au plus grand plaisir du public.
Ces figures évoluent dans des intrigues ponctuées de lazzi : des gags glissés dans l’action (grimaces, chutes, jeux de mots, mimiques, improvisations). Les lazzi font rebondir l’histoire et déclenchent le rire, ils sont l’une des signatures les plus reconnaissables de la Commedia dell’arte.

Les quatre grandes figures de la Commedia dell’arte :

  • Pantalone

Vieil homme vénitien par excellence, Pantalone incarne l’avare, le père autoritaire ou le vieil amoureux ridicule. Son masque au long nez crochu, orné de moustaches et d’une barbiche, le rend immédiatement identifiable. Il porte une longue culotte rouge et parle le dialecte vénitien, ancrant le personnage dans une réalité régionale familière au public italien.

  • Il Dottore

Originaire de Bologne, Il Dottore se prétend savant universel mais se perd dans des discours pseudo-scientifiques absurdes. Ami de Pantalone, il fait partie des vieillards. Son costume est une caricature des docteurs bolognais : entièrement noir, col blanc bien visible et large chapeau de feutre, symbole d’un savoir pompeux et creux.

  • Il Capitan

Soldat fanfaron, souvent présenté comme espagnol, Il Capitan se vante de ses exploits militaires et de ses conquêtes amoureuses. Il porte un uniforme voyant, orné de rayures, boutons dorés, plume et grande épée. Mais sous ses grands airs se cache un personnage lâche, vite ridiculisé, notamment par les femmes, qui se jouent de lui sans peine.

  • Les valets (les zannis)

Véritables moteurs de l’intrigue, les zannis sont bien plus que de simples idiots. Rusés, débrouillards et affamés, ils montent des stratagèmes pour servir leurs maîtres… et surtout se servir eux-mêmes. Originaires de Bergame, ils incarnent aux yeux du public urbain les paysans naïfs mais pleins de ressources. Sans eux, pas de comédie.

Les zannis : les valets hauts en couleur

  • Arlequin (Arlecchino)

Valet agile et malicieux, Arlequin porte un costume de losanges colorés devenu emblématique. À l’origine, ces pièces cousues ensemble symbolisaient la pauvreté. Son masque noir aux traits grossiers viendrait du nom Hellequin, un petit diable de carnaval, donnant au personnage une dimension à la fois comique et inquiétante. Paresseux, gourmand et crédule, il est souvent amoureux de Colombine.

  • Pierrot (Pedrolino)

Pedrolino, devenu Pierrot au XIXᵉ siècle, porte un costume blanc et le visage enfariné, sans masque. D’abord valet niais et joyeux, il évolue en France vers une figure plus mélancolique : le Pierrot lunaire, rêveur et malheureux en amour, rival d’Arlequin pour Colombine.

  • Polichinelle (Pulcinella)

Originaire de Naples, Pulcinella alterne sottise et lucidité, bravoure et lâcheté. Son masque noir ridé au nez crochu et sa tenue blanche ample sont immédiatement reconnaissables. Son nom viendrait de pulcino (« poussin »). Personnage fondamental, il est à l’origine du Punch anglais et du Guignol français, preuve de l’influence européenne de la Commedia.

  • Scaramouche (Scaramuccia)

Valet hâbleur et poltron, Scaramouche s’habille à la mode espagnole, tout de noir vêtu, avec une longue dague. Il se donne des airs de prince ou de duc, sans jamais tromper personne. Le plus célèbre interprète du rôle fut Tiberio Fiorelli, qui se produisit devant Louis XIV ; un jeune Molière assista à ses représentations.

  • Colombine (Colombina)

Servante rusée et indépendante, Colombine est l’une des premières figures féminines professionnelles du théâtre européen. Tantôt amante d’Arlequin, tantôt épouse de Pierrot, elle joue aussi la confidente et l’entremetteuse, manipulant avec intelligence les passions des autres personnages.

  • Les amoureux

Autour de ces figures gravite le couple des Innamorati (Isabella, Lelio, le jeune premier). Seuls personnages non masqués, ils s’expriment avec une diction naturelle et un jeu plus réaliste. Leurs amours contrariées par les vieillards constituent le cœur de toutes les intrigues. 

Un héritage vivant sur les scènes d’aujourd’hui

Plus de quatre siècles après sa naissance, la Commedia dell’arte continue de vivre en Italie, bien au-delà des livres d’histoire. Ses personnages masqués, devenus iconiques, réapparaissent chaque année lors des grands événements populaires, à commencer par le carnaval de Venise

Arlequin, Colombine, Pantalone ou Polichinelle déambulent encore dans les ruelles et sur les places, prolongeant l’esprit du théâtre de rue qui a fait leur succès. Une immersion idéale si vous découvrez Venise pendant la période du carnaval.

L’influence de la Commedia dépasse largement le théâtre. Son jeu physique, fondé sur le geste, la chute, l’exagération et le gag visuel, a profondément marqué le cinéma burlesque. De Charlie Chaplin à Louis de Funès, on retrouve l’héritage des zannis maladroits, des vieillards autoritaires ou de l’avare obsessionnel, Harpagon étant l’un des avatars les plus célèbres de Pantalone. Une filiation évidente, accessible à tous, même sans connaissance théâtrale.

Cet héritage se prolonge aussi dans le théâtre de marionnettes. Le napolitain Pulcinella est ainsi devenu Punch en Angleterre et Guignol en France, preuve de la diffusion européenne et populaire des archétypes de la Commedia dell’arte.
Pour les voyageurs curieux, il est encore possible d’en faire l’expérience aujourd’hui. Outre le carnaval de Venise, on croise régulièrement des spectacles inspirés de la Commedia dell’arte en Toscane, notamment à Florence ou à Sienne, ainsi que des représentations de rue à Rome durant l’été, sur les places historiques. 
Une manière vivante et joyeuse de découvrir l’Italie autrement, au plus près de son patrimoine culturel.

Et sinon, Le canevas et les lazzi : comment fonctionne ce théâtre ?

La Commedia dell’arte ne repose pas sur une pièce écrite au mot près, mais sur un système souple qui laisse une large place à l’improvisation. Deux notions clés permettent de comprendre son fonctionnement : le canevas et les lazzi.

Le canevas : la trame invisible du spectacle

Le canevas (ou scenario) est une trame très sommaire de l’intrigue. Il indique les situations principales, les entrées et sorties des personnages, les grands rebondissements et le dénouement. En revanche, aucun dialogue n’est rédigé. Le canevas sert de décor narratif, pas de texte à apprendre.

Les comédiens improvisent librement à l’intérieur de cette structure, en s’appuyant sur leur maîtrise des personnages et des situations comiques. Les canevas les plus efficaces étaient consignés dans des carnets appelés zibaldoni, transmis de troupe en troupe et enrichis au fil du temps.

Les lazzi : le moteur du rire

Les lazzi sont des gags autonomes que les comédiens peuvent glisser à tout moment dans l’action : acrobaties, chutes, grimaces, jeux de mots, mimiques, apartés avec le public. Ils n’interrompent pas l’intrigue, au contraire, ils la relancent et l’enrichissent.

Lorsqu’un lazzi rencontrait un grand succès, il était repris d’une représentation à l’autre et finissait par caractériser un personnage. Arlequin, par exemple, possède tout un répertoire de lazzi liés à sa gourmandise ou à sa maladresse. C’est l’équivalent de ce que l’on appellerait aujourd’hui un running gag.

Pourquoi ce système est unique ?

L’association du canevas et des lazzi rend chaque représentation vivante, imprévisible et unique. Elle permet aux acteurs de s’adapter au lieu, au public et à l’actualité, tout en conservant une structure solide. C’est cette liberté de jeu, profondément ancrée dans le corps et l’instant présent, qui fait de la Commedia dell’arte une forme de théâtre à part.
Pour nos voyageurs assistant à un spectacle en Italie, comprendre ces mécanismes permet de mieux saisir ce qu’il voit : un théâtre populaire, interactif et toujours en mouvement, fidèle à son pays d’origine ! 

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